Edwards Simmons Irish est né à Lake George dans l’État de New York, il est plus connu sous le nom de Ned Irish. Il est un acteur majeur du développement du basket professionnel aux USA et pour les lecteurs du Knicks Book, c’est le fondateur des Knicks. Portrait de celui par qui tout à commencé!

 

BOSSEUR… PLEIN D’ESPOIR ET CHANCEUX

Ned Irish est né en 1905 à Lake George dans l’état de New York, sa mère était infirmière et son père louait des bateaux. Malheureusement, ce dernier meurt lors que Ned a 3 ans, il ne le connaîtra quasiment jamais. Sa mère décide alors d’ouvrir un cabinet d’infirmière libérale à Brooklyn et part s’y installer avec Ned.

A l’age de 10 ans, Ned Irish commence à faire des petits business à côté de l’école,  vente de soda, de journaux, locations de bateaux. Il étudiera à la fac locale Erasmus High School à Brooklyn, fac dans laquelle il travaillera à la cafétéria, entraînera les équipes de natation et commencera sa carrière de journaliste en couvrant les évènements sportifs de la fac, pour plusieurs journaux locaux.

Il sort diplomé de l’université d’Erasmus High School et intègre le service des sports du journal New York World Telegram, futur le Sun, en 1928. Il commence ainsi sa carrière de journaliste pour laquelle son talent s’avère limité, néanmoins, le sport professionnel n’est rien sans les journalistes. Ceux-ci sont des acteurs à part entière du business, permettent de générer la passion, l’attention des gens, la lumière sur un sport. Il s’en rend vite compte et apprend. Ned irish est un grand travailleur, besogneux, certains diront de lui qu’il était un chouette type ayant peur de le montrer, peur que ce soit une faiblesse, peur de ne pas s’en sortir, se réfugiant dans le travail.

En 1930, il souhaite augmenter ses revenus et intègre, en complément de son travail au New York World Telegram, le service des relation public des New York Giants (NFL). Il découvre ainsi l’organisation d’une franchise sportive professionnelle.

Travailleur insatiable, en complément il intègre le bureau d’information de la NFL. Journaliste, membre d’une franchise professionnelle et membre de la NFL, son expérience fera plus tard de lui un partenaire expérimenté pour les grands projets du basket professionnel…. Dans le cadre de son travail de journaliste sportif au New York World Telegram, il couvre des rencontres de basket universitaire sur la région de New York, pour lesquels entre 500 et 1000 personnes venaient assister aux rencontres. Vient alors le match de Manhattan College en 1933 qui deviendra le début de la légende pour Ned Irish, il parlera de ce match comme un story telling…

Ayant revêtu son plus beau et unique costume pour couvrir la rencontre, il arriva devant une salle surpeuplée, à l’intérieur de laquelle la foule était telle, que les fenêtres furent ouvert pour laisser la chaleur s’échapper. La foule remplissant et bloquant tous les accès, il dut passer par la fenêtre pour accéder à la rencontre et déchira alors son pantalon. Cette rencontre lui fit prendre conscience de la popularité du basket et du potentiel de ce sport en tant que spectacle. Ned Irish répètera au cours de sa vie, que ce match sera le lancement de sa carrière de promoteur.

THE FATHER OF BIG TIME BASKETBALL

En 1931 le maire de New York Jimmy Walker veut organiser un événement sportif pour récolter des fonds afin supporter les personnes au chômage. Les Etats-Unis sont dans la “la grande dépression” suite à la crise économique de 1929.

Il charge un comité de journaliste de promouvoir la rencontre de basket au Madison Square Garden, dont fait partie Ned Irish. C’est un succès, en 1933 une série de 7 matchs est organisée toujours dans l’ancien Madison Square Garden et réunies un total de 20 000 personnes.

Le Big Time Basketball était né
Roger Khan - Sports Illustrated

Devant ce succès montrant le potentiel ultime du basketball, de nombreux neo-promoteur défile dans les bureaux du Général John Kilpatrick, président du Madison Square Garden à l’époque et future président des New York Rangers. Mais celui-ci déclare vouloir travailler avec quelqu’un ayant un vrai programme pour le Madison Square Garden. Ned Irish mise alors sur le basket universitaire et Kilpatrick lui donne sa chance.Dû à la crise, Ned Irish explique que le Garden à cett époque était presque toujours fermé, dans le noir, la grande dépression c’est aussi quand la culture est éteinte. Ainsi, il n’avait pas besoin d’avancer l’argent pour réserver le Madison Square Garden mais devait juste s’assurer que les recettes couvraient les frais de la salle de 4000$.

Je n'avais pas un centimes à avancer. C'était la grande dépression et le Garden restait éteint presque tout les soirs. Je devais juste m'assurer de couvrir les frais de location de la salle
Ned Irish

Ned Irish, qui depuis toujours bossait sans relâche, cumulait les emplois pour faire face au fin de mois difficile, se retrouve riche du jour au lendemain. Il a le pouvoir sur la plus grande salle de spectacle couverte des Etats-Unis à l’époque. Ce positionnement le rend alors très puissant à New York et il change d’attitude, le succès semble lui monter à la tête et il est décrit comme quelqu’un d’arrogant. Surtout envers les journalistes avec qui il sera froid et distant. Néanmoins en affaire, il reçoit davantage d’estime de ses interlocuteurs, Red Auerbach le décrit comme quelqu’un d’intègre, honnête et très direct.

Ned était quelqu'un de confiance dans le travail, si il avait quelque chose à vous dire, il le faisait directement et ne parlait pas dans votre dos.
Red Auerbach

New York est le berceau de nombreux mouvement culturels et de grandes réussites, une ville où tout est possible. Le basketball a environ 40 ans à l’époque et était restreint à des publics de 500 personnes. Grâce à Ned irish et au Madison Square Garden, le basket entre alors dans une autre dimension, d’une façon rapide et spectaculaire. Fort de son succès, il impose ses conditions aux équipes voulant évoluer au Garden et devient très impopulaires mais intouchable. En 1946, l’affluence moyenne des matchs universitaires au Madison Square Garden est de 18196 spectateurs à chaque matchs. Ned Irish crée notamment le NIT, tournoi de basket universitaire concurrent de la NCAA et de la march madness plus tard.

C’est le début de la popularité pour le basket et la naissance d’un sport professionnel majeur aux Etats-Unis et à travers le monde.

IL SORT LE BASKET DE L’OMBRE EN PLEINE CRISE ÉCONOMIQUE ET FONDE LA BAA

En cette même année 1946, quelques joueurs de basket gagnent de l’argent à travers des matchs d’exhibition comme les Harlems Globe Trotters. Jusqu’à ce que Maurice Podoloff lance l’idée et mène le projet de créer une ligue professionnelle de basket se nommant Basketball Association of America, la BAA ancêtre de la NBA. Podoloff contacte tous les organisateurs de basket dans les villes où il n’y avait pas de tensions entre eux. Podoloff, propriétaire de la naissante BAA et futur président de la NBA, créera une ligue de 10 équipes, mais le cas de New York n’est pas réglé. Ned irish était assuré d’avoir la 11eme équipe grâce au Madison Square Garden mais un éditorialiste du nom de Max Kase viendra tenter sa chance.

Les deux hommes se retrouvent face à Podoloff et son équipe pour présenter leur projets respectifs,

Je représente une organisation d’une valeur de plus de 3,5 millions de dollars
Ned Irish - Pendant sa présentation pour obtenir une franchise à New York

C’est par ces mots que Ned Irish commencera sa présentation. Max Kase lui a décrit un projet où l’équipe de basket de New York jouerai dans un hall militaire de Manhattan. Pendant la présentation de Kase, Ned Irish l’interrompt souvent en disant “3,5 millions de dollars!”, pour rappeler sa position ultra dominante dans l’appel d’offre.

Ned Irish remporte l’appel d’offre, il aura donc la première franchise de New York et elle évoluera au Madison Square Garden. Le bureau des propriétaires de la BAA mettra néanmoins en avant les mauvaises relations de Ned Irish avec les partenaires, abusant de sa position dominante. Inquiet de ce scepticisme pour son business, Ned Irish fait voté un élément historique et toujours d’actualité dans la NBA d’aujourd’hui. La gestion de la billetterie et recettes de l’équipe accueillant une rencontre sera totalement géré par celle-ci et les bénéfice non-mutualisés avec les autres franchises. L’équipe de New York gardera ainsi un avantage de part la capacité du Madison Square Garden et la taille de son marché.

En 1946, la BAA est né, il faut alors trouver un nom pour l’équipe de New York. En référence à la vieille histoire de Manhattan, Ned Irish donne naissance aux New York Knickerbockers.

LES KNICKERBOCKERS SONT NÉS, PUIS VIENT LA NBA

La BAA se lance et Ned Irish découvre ce nouveau business, cependant la priorité reste la basket universitaire. C’est un business qui l’a rendu riche, qui prospère et a un bel avenir, les Knickerbockers et la BAA se résument en une phrase pour lui au lancement

Les Knickerbocker ne sont qu'une déduction fiscale
Ned Irish en 1947

Néanmoins, il sera un acteur majeur et un défenseur de la fusion avec la ligue professionnelle concurrente, la NBL, ce qui donnera naissance en 1949 à la NBAAu départ, le grand rival des Knicks était l’équipe de Philadelphie, les Knickerbockers étaient toujours dans l’ancien Garden, au milieu d’un quartier mal fréquenté, régulièrement des bagarres se déclenchent et le parquet se retrouvait recouvert de bancs retournés.

En 1951 éclate alors un scandale retentissant, une trentaine de joueurs et d’équipes sont associés à un scandale de matchs truqués au bénéfice des bookmakers. La violence, les matchs truqués… c’est le New York des années 50….Ned Irish était hors de cause et déclare “ça ne devrait pas arriver et j’espère que les joueurs ont compris la leçon”, il en accuse presque le journaliste ayant révélé l’affaire. Ces propos provoque un tollé dans la presse, celle-ci rappelle que Ned Irish est parfaitement au courant de la présence, des activités des bookmakers dans l’enceinte du Garden.

Ned irish veut une équipe forte aux Knicks, il recrute le coach de l’Université de Saint-John, qui deviendra une légende, Joe Lapchick, et il va user une fois de plus de sa position dominante lors de la draft. Il recrute alors deux superstars universitaires, Vince Boryla et Ernie Vandeweghe alors qu’un seul choix n’est encore possible.

La NBA encore fragile dans son organisation découvre le risque de dépendance à un gros marché comme New York, possédant un tel marché, une telle salle. Ned Irish va carrément jusqu’à déclarer “si je ne peux pas les avoir, les Knickerbockers disparaissent”, le bureau des propriétaires cède. Il en fera de même avec Harry Gallatin, qu’il engagera alors qu’il n’a effectué que 2 ans d’études, ce qui est interdit par la NBA à cette époque.

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Ned Irish, president of the Knickerbockers and Madison Square Garden, congratulates Harry Gallatin, new coach for the New York Knickerbockers. (Photo by John Peodincuk/NY Daily News via Getty Images)

Plus tard, il engagera directement les discussions avec Abe Saperstein, le propriétaire des Harlem Globe Trotters, pour récupérer Clifton Nathaniel, ce qui complètera les “Lapchick boys” qui emmèneront les Knicks 3 fois en finales pendant les années 50, sans titre, mais en remplissant le Garden et renforçant le pouvoir de Ned Irish dans les bureaux de la NBA…

Irish a clairement su s’imposer dans le monde du basket professionnel, sa détermination de réussite à tout prix, son expérience de journaliste, chez les Giants et à la NFL lui donne un avantage dont il tire les bénéfice, au milieu de débutant dans le sport pro.

Cependant, Joe Lapchick quitte le navire pour retrouver son Université de Saint-John en 1956 et Ned Irish se réinvestit alors dans l’équipe. Les New Yorkais ne le savent pas encore, mais le départ de Lapchick va plonger les Knickerbocker dans une crise qui durera jusqu’en 1964 et la nomination de Eddie Donovan au poste de GM. Il est intéressant de voir les similitude entre James Dolan, l’actuel propriétaire des Knicks, et Ned Irish, tout les deux prennent en main les opérations basket ce qui mènera leur club au chaos.

Les coachs s’enchaînent après Joe Lapchick et l’effectif des Knicks et très mal construit. Cette débandade du club de New York affaiblit enfin Ned Irish aux yeux des autres propriétaires, on devine la jubilation de certains d’entre eux et le déchaînement joyeux de la presse à cette époque. Ned Irish est plus craint qu’admiré, plus accepté qu’aimé, il est devenu une publicité ambulante de l’échec.

Mais fidèle à lui même il déclare

Je me fiche de ce qu'ils disent, tant qu'ils payent leur billet
Ned Irish - pendant la crise des Knicks à la fin des années 50

Conscient de ses lacunes… il recrute Eddie Donovan comme coach, lui laisse le temps de mettre en place son équipe avec un scout du nom de Red Holzman. Puis il lui laissera le poste de GM ce qui ramènera les Knicks au premier plan. Il est intéressant d’observer l’analogie entre Dolan et Ned Irish pendant cette période, si on imagine que les décisions de 2018 ramèneront les Knicks au sommet.

UN HÉRITAGE MÉCONNU AU BASKET QUI POURTANT LUI DOIT BEAUCOUP

Les avis sont très divergents au sujet de la personnalité de Ned Irish, les journalistes, l’opinion public le méprise et le déteste cordialement. Cependant plusieurs personnes ayant fait affaire avec lui, appréciait sa fiabilité, professionnalisme, honnêteté. Avec ses vieux amis, il dégageait beaucoup de joie, de rire, de bienveillance, mais devenait très froid avec les personnes hors de ce cercle.

Ned n’était pas le genre de gars à trainer dans le vestiaire, il discutait surtout avec Eddie Donovan et Red Holzmann, restait en dehors du basket
Dave Debusshere
Ned Irish était un pionnier dans le sport, son leadership, sa détermination furent capital au début de la NBA
Larry O'Brien - Commissionaire de la NBA

Ned Irish était un enfant qui a dû s’assumer seul très vite, il a vite décidé de travailler sans relâche avec l’espoir de s’en sortir, un enfant qui n’a pas connu la sécurité d’un foyer suite à la mort brutale de son père. Il est passé de cette quête de réussite portée par l’espoir, à une réussite totale en l’espace de quelques jours. Au vu du changement de comportement que cela a provoqué chez lui, on peut parler d’un traumatisme au sujet de sa réussite soudaine et immense.

Ned Irish s’est éteint en 1982 suite à une crise cardiaque, laissant derrière lui un fils Edwards Simmons Irish Jr. Il a été intronisé au Hall of Fame de la NBA en 1964, bien avant le premier titre des Knicks et surement car la NBA avait déjà compris qu’elle lui devait tout. Son comportement, son histoire en tant que propriétaire des Knicks rappelle énormément le parcours actuel de James Dolan.

Mais au-delà de son comportement, ses rapports tendues avec l’opinion publique, Ned Irish est peut-être l’homme à qui tout le basket, tous les fans, tous les joueurs, les partie prenantes du basket NBA lui doivent une reconnaissance. En pleine crise économique, il fait passer le basket de l’ombre à la lumière, de salle de 500 personnes, le basket devient le plus grand spectacle de la plus grande salle américaine. Il va participer à la fondation de la BAA, user de son pouvoir pour fonder la NBA, il tiendra la place forte du basket mondiale, New York.  

Que serait devenu le basket si ce journaliste raté n’avait pas eu l’inspiration lors de ce match universitaire de 1933 à Manhattan college? Que serait devenue ensuite le basket universitaire et professionnel sans lui? Encore une fois, l’histoire des Knicks relate bien plus que du basket et a eu un impact marquant sur l’histoire de ce sport. Ned Irish est le pionnier, le meilleur exemple de l’histoire fantastique des Knicks et pour toujours il est le Father of Big Time Basketball.