Il est un des joueurs dont on ne parle pas assez dans l’histoire de la NBA et pourtant l’un des plus grand talent offensif jamais vu. Portrait de Bob McAdoo, une machine à scorer passé par les Knicks à la fin des années 70.

 

UN ATHLÈTE ET UN TALENT NATUREL HORS DU COMMUN

Bob McAdoo (né Robert Allen McAdoo) est né le 25 septembre 1951 à Greensboro sur une terre de basket, la Caroline du Nord. dans une famille où son père était conservateur à l’Université de North Carolina A&T et sa mère enseignante. Bob grandit dans sa ville de Caroline du Nord au sein de sa famille et rejoint naturellement le lycée de sa ville, le Ben L.Smith High School. Les qualités athlétiques de Bob sont très vite remarqué dû à sa taille, mais aussi sa coordination, sa vitesse et sa puissance faisant de lui un athlète rare. Il joue au basket dans son lycée, il y rencontre son futur coéquipier Bobby Jones et pratique également l’athlétisme, plus particulièrement le saut en hauteur. Une discipline où il va marquer les esprits en battant le record de l’Etat à 2m01, ce qui donne une idée de l’athlète, mesurant au passage 2m06…. De quoi se faire remarquer par les universités américaines…

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Cependant, dû à des résultats scolaires passables, il doit se rendre dans l’Indiana à l’Université de Vincennes. A Vincennes, Bob McAdoo évolue en Division I et pour sa première saison tournera à plus de 19 points et 10 rebonds, convaincant pour un freshmen, Vincennes sera même champion cette année là. Mais lors de la deuxième saison, c’est à plus de 25 points et 11 rebonds par match que le sophomore impressionnera les observateurs. Suffisant pour être remarqué et sélectionné dans l’équipe Américaine des Pan American Games de 1971. Bob McAdoo est clairement identifié dans le paysage NCAA dorénavant et sa famille reçoit tous les jours des propositions de bourses pour Bob, mais Bob et sa famille espèrent la proposition d’une seule université, les Tar Heels de North Carolina, l’équipe coaché par Dean Smith.

"We didn't really recruit him," Coach Dean Smith of North Carolina said. "His mother called us to start it. She said all the other schools were recruiting him. Why weren't we?"
Dean Smith

Devant le talent et la motivation du garçon à rejoindre l’université de North Carolina, Dean Smith décidera de recruter le seul junior de sa carrière en 1971. Les Tar Heels atteignent le Final Four, Bob McAdoo est élu au sein de la all american first team en 1972.A cette époque, aller en NBA lorsque l’on est un underclassmen (n’a pas fini ses 4 années de cursus) n’est pas possible sauf avec la règle du “Hardship”. Une équipe peut drafter un underclassman mais devra alors laisser son choix de draft la saison suivante.

Les rumeurs vont bon train sur la possibilité que Bob McAdoo se présente à la draft de 1972, les réactions des fans de North Carolina sont virulentes. Les Tar Heels ne sont pas une université où l’on vient et repart 1 an après, c’est pourtant Dean Smith qui encourage Bob McAdoo avec son père à faire le grand saut. Malgré les contestation des fans et de sa propre mère, elle tient à ce que Bob finisse son cursus et obtienne son diplôme.

Bob McAdoo se présente alors à la draft NBA de 1972, cependant, la situation de l’époque va perturber cette draft. En effet, la NBA et la ABA sont alors 2 ligues concurrentes et des rumeurs indiquent que Bob McAdoo aurait été secrètement drafté par une équipe ABA. Le précédent Jerry Lucas pousse alors le commissionnaire de l’époque, Walter Kennedy, de déconseiller aux équipes NBA de drafter Bob McAdoo, malgré les démentis de McAdoo. Cependant, les Buffalo Braves sont les seuls à avoir compris qu’il est impossible que McAdoo ait déjà signé un contrat car il est trop jeune pour ceci. Les Braves, dirigés par Eddie Donovan, gardent le secret et laissent les Trail Blazers sélectionner Larue Martin en première position et choisissent Bob McAdoo. Ce dernier devient le second choix de la draft 1972 et débutera sa carrière pro au Buffalo Braves (futur Los Angeles Clippers)

UNE MACHINE À SCORER

Dans cette draft de 1972, on retrouve Paul Westphal en 10 position et un certain Julius Erving en … 12eme position. Il effectue une saison rookie solide en tournant à 18 points par matchs avec les Braves, ce qui lui permet de remporter le titre de rookie of the year. Mais dès sa deuxième saison, la machine à scorer se met en marche avec une saison à plus de 30 points (à 57% de réussite) et 15 rebonds par match. Il est le dernier joueur à ce jour à réaliser une saison à plus de 30 points et 15 rebonds. Lorsque Anthony Davis scora 59 points et pris 20 rebonds avant ses 23 ans, il est le seul joueur plus jeune McAdoo à réaliser cette performance, avant lui Bob McAdoo était le seul joueur si jeune à réaliser des matchs à plus de 50 pts et 20 rebonds. McAdoo est inarrêtable, shoot à mi-distance, jeu dos au panier, vitesse, explosivité, puissance, détente….

BUFFALO, NY - 1972:  Bob McAdoo #11 of the Baffalo Braves drives to the basket during an NBA game circa 1972 at the Buffalo Memorial Auditorium in Buffalo, New York.  NOTE TO USER: User expressly acknowledges that, by downloading and or using this photograph, User is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License agreement. Mandatory Copyright Notice: Copyright 1972 NBAE (Photo by Jim Cummins/NBAE via Getty Images)
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Pendant que les Knicks remportent leur second titre en 1973, il affole les compteurs en tournant à plus de 34 points par matchs lors de la saison 1974/75. Lors de cette saison, il est plébiscité par les fans en recevant le plus de vote au All Star Game de 1975 et sera élu MVP de la saison régulière. Oui mais voilà, les résultats des Braves ne suivent pas les performances de McAdoo qui commence à se frustrer.

Here I was sitting at Buffalo, we were on the way to losing 61 games and we didn't have any players. My wife could have outrun those people
Bob McAdoo

Pendant ce temps du côté de New York, la fin de l’âge d’or se dessine avec le départ en retraite de Willis Reed. On rappelle les anciens avec le retour d’Eddie Donovan, Red Holzman reprend du service en tant que coach.. On mise sur les anciens pour ramener l’équipe au sommet avec Walt Frazier, Earl Monroe, mais il manque un élément aux Knicks.

C’est là que Eddie Donovan réalisera à nouveau un coup de maître en réalisant un des plus meilleurs trade de l’histoire de la franchise. En échange de John Gallieni et du cash, les Knicks récupèrent Bob McAdoo en décembre 1976. Avec Spencer Haywood, ils doivent former une raquette dominante en NBA dans un style complémentaire. Bob McAdoo remporte son 3eme titre consécutif de meilleur marqueur NBA en 1976 et sa 5eme participation à un All-Star Game en 1978. Mais Bob McAdoo sera aussi blessé, comme souvent dans sa carrière, néanmoins le talent est là. Le 17 décembre 1978, alors qu’il a raté une bonne partie du début de saison, il revient de blessure en sortant du banc et score 41 points au Garden. Bob McAdoo est un joueur tout simplement inarrêtable.

Oui mais voilà, la cocaïne fait des ravages à New York à la fin des années 70 et Spencer Haywood y plonge, ses performances et statistiques l’y suivent… Earl Monroe et Walt Frazier sont vieillissant et Bob McAdoo et montrait du doigt pour sa défense et comme un joueur individualiste.

Les Knicks n’arrivent pas à reconstruire l’équipe après les titres de 1970 et 1973 comme la NBA et la ville l’attendent. Une crise qui continuera jusqu’à l’arrivée de Bernard King et Hubbie Brown au début des années 80’s. En 1978, les Knicks ont lâché 3 premiers tour de draft pour récupérer Marvin Webster aux Sonics, un mauvais investissement qui ne portera pas ses fruits et privera les Knicks de draft. Mais face à l’échec du projet mise en place, les Knicks veulent reconstruire et ont besoin de la draft pour ceci. C’est donc en 1979, que Eddie Donovan échangera à nouveau Bob McAdoo contre 3 tours de draft et l’envoi alors aux Celtics de Boston.

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LE GREATEST JOURNEY MAN OF ALL TIME

Bob McAdoo ne le sait pas encore, mais il entame alors une nouvelle carrière de “journey man” (ceux qui passent juste pour la journée) en NBA. Après son trade aux Celtics, il finira tout juste la saison à Boston avant d’être tradé aux Pistons. Son talent est intact mais les blessures l’empêchent de s’exprimer entièrement, ses stats et temps de gens de déclinent, mais le talent est bien là. Après à peine 1 saison aux Pistons, il est envoyé au Nets de New Jersey pour effectuer seulement 6 matchs avant de se blesser à nouveau. C’est en 1981 qu’une nouvelle étape de sa carrière NBA débute en arrivant aux Lakers, époque “Showtime”. Kareem Abdul Jabbar, le jeune Magic Johnson, Michael Cooper, Byron Scott et Kurt Rambis complètent le 5 de départ, c’est derrière ce dernier que joue en sortie de banc Bob McAdoo. Il en est frustré, mais apprécie jouer dans une équipe de légende et goûter à tant de victoires. Pat Riley sait l’utiliser, en 20 mn de temps de jeu il tourne à près de 15 points de moyenne en 1982/1983, amenant son efficacité au scoring lorsqu’il n’est pas blessé. Il est sacré champion NBA avec les Lakers en 1982 et 1985, après quoi il passera par les Sixers avant de mettre un terme à sa carrière NBA en 1986

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Sa carrière de joueur, elle, n’est pas terminée et se poursuivra en Europe où il marquera l’histoire de la FIBA. En Italie précisément, il reste l’un des meilleur joueur américain ayant joué en Europe à ce jour. Il débute en 1987 à L’Olimpia Milano où il a pour coéquipier un certain Mike d’Antoni et y passera 4 saisons, puis 2 saisons au Filanto Forli et enfin une dernière saison au Teamsystem Fabriano, après laquelle il mettra un terme à sa carrière de joueur professionnel en 1993. Il dispute au total 199 matchs de Serie A avec une moyenne de 27,3 points et une Euroleague. En 2008, à l’occasion des 50 ans de la compétition reine, il est dans la liste des 50 plus grands contributeurs de l’Euroleague, devant des joueurs comme Dominique Wilkins.

JOUEUR PUIS ASSISTANT COACH

McAdoo est donc retraité, mais en 1995, un coach aux cheveux gominés bien connu à New York et ancien coach de Bob, lui demande de rejoindre son staff. Bob McAdoo intègre le staff de Pat Riley à Miami et devient assistant coach, il y restera jusqu’en 2014 et connaît tout avec la franchise de Miami.  Les défaites, les victoires, les titres, les plus grands joueurs et coachs.

Bob Mcadoo a perdu sa première épouse en 1991 d’un cancer, depuis il est père de 5 enfants et vit aujourd’hui en Floride. Les distinctions reçues par Bob McAdoo sont nombreuses, il est introduit au NBA Hall of Fame en 2000, au National College Basketball Hall of Fame et le gymnase de son école au Lycée a été rebaptisée à son nom.

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On peut se demander ce que la carrière de Bob McAdoo serait devenu si les blessures ne l’avaient éloignées des parquets, si il avait passer une bonne partie de sa carrière dans le même club. Car Bob McAdoo est bien l’un des meilleurs attaquant que la NBA a connu. Capable de tout faire pour un joueur de 2m06 avec des qualités athlétiques exceptionnelles, sa domination offensive rappelle celle de Kevin Durant dans la NBA récente.

Arrivée dans une période de transition aux Knicks, après les titres et avant l’ère Bernard King, Bob McAdoo n’a jamais réussi à s’imposer dans un club, malgré ses performances et sa popularité. Que ce soit en NBA ou en Europe, malgré ses changements de clubs et les nombreuses blessures, le talent de Bob McAdoo est connu et reconnu, depuis le lycée jusqu’à la fin de sa carrière en Europe et même en tant que coach.

Partout où il passera, sa domination sur le jeu sera sans conteste, faute d’avoir pu être régulier en NBA, Bob McAdoo est définitivement le Greatest Journey Man of All Time.