Dave Debusschere est un inconnu pour certain et une légende pour d’autre, dû à sa carrière ayant pris fin dans les années 80 mais aussi à son impact dans l’histoire des Knicks à plusieurs époques. Il est temps de revenir sur ce personnage important dans l’histoire du club et le coeur des fans

 

LA FAMILLE, LE MICHIGAN ET DETROIT

Dave Debusschere est né en 1940 à Détroit, tout comme ses parents, solidement implantés et fiers de l’Etat du Michigan. Dave Debusschere grandit à Detroit, reçoit une éducation catholique et intègre les classes préparatoire catholiques de Austin au lycée en 1955.  Rapidement, il s’impose pas son volontarisme, sa forte éthique de travail et sa volonté d’exceller dans tous les domaines du jeu. Lors de son année junior et senior il intègre la All-State Team et mène son équipe, lors de sa dernière année en 1958, au titre de l’état face à une futur star NBA Chris Walker. Tout naturellement, Dave Debusschere intègre l’université de Detroit, à la fois son équipe de basketball et de baseball. Dans les 2 disciplines, il joue à un très haut niveau et  confirme les premières impressions vu au lycée, joueur très mature, intelligent, un régal à coacher. A la fois un très féroce défenseur avec une grande intelligence, une panoplie technique complète. Debusschere emmènera l’université au tournoi finale NCAA une fois et 2 fois au prestigieux NIT à l’époque. (tournoi créé par le fondateur des Knicks, Ned Irish).

Au début de l’année 1962, alors qu’il est encore étudiant, il est recruté comme amateur free agent par l’équipe de Baseball évoluant en MLB, les White Sox de Chicago. La saison se déroulant d’avril à octobre, il jouera en tant que lanceur dans l’équipe réalisant quelques performances significatives. (bien meilleur qu’un joueur de basket ayant joué chez eux dans les années 90…) La même année il est drafté et débutera la saison NBA en 1962, faisant de lui un des rares joueurs à avoir joué à la fois en MLB et en NBA avec Danny Ainge. On peut également cité Clifton Nathaniel mais celui-ci évolué dans des ligues mineures noires dans les années 50. Dans cette draft de 1962, on retrouve John Havlicek, Don Nelson, Chet Walker (l’ancien rival au lycée de Debusschere) et Jerry Lucas. Ancien dispositif de la NBA pour rendre la NBA plus attractive à l’époque des ligues concurrentes, le territorial pick est utilisé par les Pistons de Detroit pour choisir Dave Debusschere lors de la draft NBA de 1962. Ce dispositif permet à une équipe d’avoir la priorité pour choisir un joueur, si celui-ci a été formé dans un rayon de 50 miles de la franchise. Ce dispositif a disparue en 1965. A à peine 22 ans, Dave Debusschere a effectué un parcours scolaire exemplaire, découvrant le succès et la popularité près de chez lui dans le Michigan. Il a un diplôme, participé aux tournois universitaires prestigieux de basket, base ball. A commencé une carrière professionnelle de baseball et commence maintenant sa carrière de basketteur, chez lui à Detroit. Beaucoup de choses, si tôt, annonçant une carrière bien remplie.

A DETROIT, AVEC UN MANAGEMENT D’UN AUTRE TEMPS

A Detroit, il finira sa saison rookie dans la all rookie team, avec plus de 12,7 points et 8,7 rebonds par matchs. Debusschere impressionne par sa domination dans la raquette, son intelligence de jeu, sa défense et sa polyvalence. Il est blessé presque pendant toute sa seconde saison et réalise sa 3eme saison avec presque 17 points et plus de 11 rebonds/matchs, ses stats ne vont plus bouger quasiment pendant toute sa carrière…. Une régularité incroyable… Mais à Detroit, le coach Charles Wolf part au début de la saison 1964-65 et Detroit n’a personne pour le remplacer, une autre époque…  Le front office des Pistons, a dans son effectif un joueur intelligent, complet avec du leadership, ils le nomment entraîneur-joueur. C’est ainsi qu’à seulement 24 ans, Dave Debusschere devient joueur-entraîneur et le plus jeune coach de l’histoire de la NBA.

Les Pistons ne remportent pas forcément plus de matches qu’auparavant, mais plus important, Debusschere, jeune et pleins d’espoir est surmené. Sa progression ne va pas aussi vite qu’il le souhaite, devant assumer les deux responsabilités du haut de son jeune âge. Une situation qui durera au total deux saisons et avec le recrutement d’un nouveau coach en 1966, Dave Debusschere reprenant son unique rôle de joueur à partir de ce moment. Mais les Pistons n’arrivent toujours pas à ce sortir des bas fonds de la ligue dans les années 60. A une époque où les géants font la pluie et le beau temps, les Pistons subissent les lois des Chamberlain, Bill Russell, Jabbar et veulent prendre un nouveau départ.

Un autre géant moins connus dominent la ligue et rivalisent avec ces légendes, c’est Walter Bellamy qui joue à New York. Les Pistons ont un oeil dessus et apprennent que la cohabitation avec Willis Reed ne donne pas les résultats espérés, ce dernier devant s’écarter du cercle lorsque Bellamy était sur le terrain. Or les Knicks ont fait leur choix et misent à l’avenir sur Willis Reed pour redorer leur blason et enfin sortir du cercle infernal des défaites. Les Knicks ont réussi l’intégration de leurs rookies Frazier, Phil Jackson, Bill Bradley la saison passée mais il leur manque encore une quelque chose, afin de rendre le jeu en mouvement de Red Holzman plus efficace. Eddie Donovan veut ajouter plus de défense à l’aile, la réputation de Debusschere n’est plus à faire et Red Holzman serait enchanté d’avoir un joueur aussi solide, intelligent dans son effectif. En 1969, Eddie Donovan réussi alors l’un ou le trade le plus important de l’histoire des Knicks, il envoi Walter Bellamy à Detroit en échange de Dave Debusschere qui débarque à Big Apple.

LA PIÈCE MANQUANTE DU PUZZLE DES KNICKS

Lors de son arrivée à New York en 1969, les Knicks avaient terminé la saison précédente avec 43 victoires, continuant ainsi leur progression après des années dans les bas fonds de la ligue, presque 10 ans sans playoffs. Avec Debusschere et le départ de Walt Bellamy, Willis Reed positionné jusque là en ailier fort va retrouver sa place de pivot et utiliser tout son potentiel. Debusschere lui amène sa solide contribution au rebond, sa défense, son shoot…La pièce parfaite dans le système de jeu de Red Holzman, basé sur la circulation de la balle, la défense et le shoot. De 43 victoire, les Knicks passent à 54 victoires et font peur réellement à tout le monde dorénavant, à l’issue de la saison 1968-1969. L’arrivée de Debusschere, au delà de ses stats, a amené une dimension supplémentaire aux Knicks de part le très haut niveau du joueur dans plusieurs domaines, son profil s’intégrant parfaitement à l’équipe en place. Le jeune Walt Frazier étouffait les meneurs adverses et était soutenu sous les panneaux par Willis Reed, avec Debusschere les ailes sont dorénavant solidement défendues, faisant des Knicks une forteresse très difficile à battre. Les All-Defensive team furent créés en 1969 par la NBA, Dave Debusschere fut élu 6 fois de suite jusqu’à sa retraite dans la All Defensive first team.

UNITED STATES - SEPTEMBER 15:  New York Knicks John Warren (left), former St. John's whiz, and Dave DeBusschere watch Dave Stallworth get ready to shoot at the team's Farmingdale, L.I., training camp. Stallworth is back on the court after being sidelined by a heart attack in 1967.  (Photo by Dan Farrell/NY Daily News Archive via Getty Images)

L’intelligence de jeu de Debusschere et sa capacité à shooter rend que plus efficace l’attaque mise en place par Red Holzman, forte en défense, en attaque avec beaucoup, les Knicks des années 70 sont une des plus belles équipes de l’histoire, Debusschere était la pièce manquante à ce noyau. Après être tombé face aux Celtics de Bill Russell, les Knicks vont ainsi conquérir leur premier titre en 1970 qui sera suivi du second titre en 1973, aujourd’hui encore, l’arrivée de Debusschere représente un épisode décisif. Il marque l’esprit des fans à jamais et joue une année supplémentaire avant de prendre sa retraite de joueur, assez tôt, à 33 ans. Mais Big D (D pour défense) fera tout très vite dans sa vie et sa carrière et entamera alors une carrière de dirigeant mais…ceci chez le rival local, les New Jersey Nets..

NEW YORK - CIRCA 1972:  Wilt Chamberlain #13 of the Los Angeles Lakers grabs a rebound away from Dave DeBusschere #22 of the New York Knicks during an NBA basketball game circa 1972 at Madison Square Garden in the Manhattan borough of New York City. Chamberlain played for the Lakers from 1968-73. (Photo by Focus on Sport/Getty Images)
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UNE PRODIGIEUSE CARRIÈRE DE DIRIGEANT

Son départ pour les Nets et la ABA, ligue concurrente de l’époque est vue comme une trahison à l’époque, le numéro 22 de Debusschere sera retiré tardivement au Garden pour cette raison. A son arrivé aux Nets en tant que président, il frappera très fort d’entrée et marquera l’histoire du basket américain, en recrutant Julius Erving dans un énorme marché en 1973. Faisant ainsi de lui une superstar de la ABA, avec son jeu spectaculaire qui va influencer le monde du basket et les fans, le jeune Michael Jordan en premier. Dès l’année suivante, Dave Debusschere est nommé commissaire de la ABA au début de la saison 1974, il a tout juste 36 ans. La ABA était une ligue concurrente de la NBA qui a connue un certain succès. Dû à la fusion avec la NBA, la ABA a apporté certaines équipes à la NBA comme les New Jersey Nets, Denver Nuggets, Indiana Pacers et les San Antonio Spurs. Afin d’être plus attractive que la NBA, la ABA favorise le jeu offensif et spectaculaire, Julius Erving en était le parfait représentant. Les joueurs jouaient avec un ballon bi-color, c’est la ABA qui a crée la ligne à 3 points, le concours de Dunk.

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NEW YORK - 1996:  Dave DeBusschere #22 of the New York Knicks poses for a portrait with his #22 Jersey hanging in the background after being named as a member of the NBA 50th Anniversary All-Time Team in 1996 at Madison Square Garden in New York City, New York.  Early in DeBusschere's career, he was named player/coach of the Detroit Pistons at age 24, making him the youngest NBA coach in history.  Seven-time NBA All-Star, he won two NBA championships with New York Knicks.  NOTE TO USER: User expressly acknowledges and agrees that, by downloading and/or using this Photograph, User is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License Agreement.  Copyright 1996 NBAE   (Photo by Nathaniel S. Butler/NBAE via Getty Images)

Au vu de sa position de commissaire, Dave Debusschere a eu un rôle important à jouer dans la fusion entre les 2 ligues. Les négociations étaient parfois difficiles, les équipes provenant de la ABA ne purent participer à la draft NBA de 1976 et les Nets du New Jersey eurent beaucoup de problèmes avec les Knicks de New York. Ces derniers, déterminé à rester la place de forte de New York, refusent la demande des Nets de jouer au Madison Square Garden. Ces derniers durent alors s’installer dans une autre ville du New Jersey et au vu des dépenses, ils durent vendre le contrat de Julius Erving aux Philadelphia 76ers. New York, c’est les Knicks…

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Après la fusion des ligues, Dave Debusschere revient en tant qu’assistant de Red Holzman à une époque où les Knicks n’arrive pas à enchaîner leur reconstruction. La première tentative d’un jeu physique après le départ de Reed et l’arrivée de Bob Mcadoo est un échec. Red Holzman s’en va et il temps aussi pour Eddie Donovan de laisser sa place. Dave Debusschere prend alors la tête des Knicks en étant nommé président des opérations basket en 1982. Il entamera avec talent la reconstruction des Knicks et posera les fondations des Knicks des années 90, à son arrivée le cas du talentueux Sugar Ray Richardson et de sa vie extra sportive est à régler. Il recrute alors Hubbie Brown comme coach, draft Trent Tucker, récupère Truck Robinson et Ernie Grunfeld et enfin, envoi Micheal Ray Richardson aux Warriors en échange de Bernard King, tout cela lors de sa première année en 1982. Plus tard, en 1985, il remporte le premier choix de draft et ainsi débute l’ère Patrick Ewing. Malgré ses réalisations historique pour le club, en 1986 il sera convoqué par la direction qui a la surprise générale lui annoncera son renvoi, prétextant le besoin d’un nouveau départ pour la franchise, Hubbie Brown sera aussi renvoyé la saison suivante. Les raisons restent assez obscures, néanmoins, dans ses exploits, Dave Debusschere a aussi prolongé au prix fort Bill Cartwright, qui enchaînera les blessures et développera une relation tendue avec Patrick Ewing pour le poste de pivot titulaire, menant jusqu’à un trade. Il termine ainsi sa carrière aux Knicks et de dirigeant de basket à 46 ans, après avoir été joueur, entraîneur, dirigeant, commissaire.

UNE TROISIÈME CARRIÈRE DANS L’ÉDITION

Pour préparer la suite de sa carrière, Dave Debusschere avait déjà racheté en 1979 le célèbre magazine “Ring” dédié à la boxe, il a poursuivi ses investissements en écrivant et publiant “The Open man” une chronique du titre de 1970. Son numéro 22 fut retiré au Garden seulement en 1981, après son retour aux Knicks, et aussi à l’Université de Detroit. Big D sera intronisé au Hall Of Fame NBA en 1983 avant même que sa carrière de dirigeant soit terminée.

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Dave Debusschere était marié à Gerri et avait 3 enfants et avait adopté New York, après son trade, comme sa nouvelle maison. En mai 2003, alors qu’il marche dans les rues de Manhattan, Dave Debusschere s’effondre, victime d’une crise cardiaque, il est transporté à l’hôpital où son décès y sera prononcé, il avait seulement 62 ans. Il sera enterré à New york, ce sera un choc pour les fans des Knicks et du monde de la NBA, très présent à New York. L’université de Detroit lancera, suite à son décès, la bourse d’étude Dave Debusschere récompensant les jeunes athlètes ayant obtenu de bons résultats scolaires et ayant prouvé leur leadership.

Avec sa disparition prématurée en 2003, Dave Debusschere a marqué l’histoire de la NBA discrètement, au regard des fans contemporains auprès desquels il est méconnu. Peu de personnages dans la ligue ont réussi dans tant de différentes fonctions (joueur, entraineur, dirigeant, commissionnaire) à l’image d’un Jerry West par exemple. Grâce à son éducation et au soutien constant de sa famille et de ses proches, Dave Debusschere a excellé dans les différents projets de sa vie avec une précocité spectaculaire, pour les Knicks, il a marqué leur histoire à de nombreux niveau. Son transfert lancera l’âge d’or de la franchise, son poste de dirigeant celui de l’ère Ewing.

Dave Debusschere a tout réussi, très tôt, a tout connu dans le basket très tôt, à l’image de Mozart, il est lui aussi partit trop.